Animé par

NATHALIE GARELLI-MILIUS


Synthèse rédigée par Valérie Hauch, Maître de Conférences en management au GRM et Nathalie Garelli-Milius

La créativité est définie, de façon classique, comme la capacité d’un individu ou un collectif à fournir une réponse qui soit à la fois nouvelle, utile et appropriée dans la résolution d’un problème ou la conduite d’un travail. L’atelier Créativité et Innovation des Premières Rencontres UPE06-IAE a donné la parole à des praticiens et chercheurs autour de ce sujet, dont on reconnaît volontiers l’importance pour l’entreprise mais dont, paradoxalement, peu est dit quant aux modalités de sa mise en œuvre. La synthèse de ce débat sera organisée autour des trois grandes thématiques qui ont émergé des discussions : tout d’abord, les enjeux de la créativité ; ensuite, les freins à la créativité qui ont pu être observés par les participants ; enfin les solutions qu’ils ont trouvées pour mettre en place des processus de gestion de la créativité.

Face à la mondialisation et à la révolution numérique, les entreprises se doivent aujourd’hui d’être innovantes pour maintenir leur place sur les marchés et en conquérir de nouveaux. En effet, les produits et services, les modèles économiques et les modes de collaboration et d’organisation sont en profonde mutation car les cycles de vie des produits et services mis sur le marché sont désormais en proie à la volatilité croissante des usages. Dans ce contexte, la créativité devient source de compétitivité, en se positionnant comme élément moteur de l’innovation, notamment par la création de valeur ajoutée des produits et services.

Le premier enjeu de la créativité apparaît évident, puisque c’est de cette capacité à changer la perception de la réalité que proviendra le changement effectif de la réalité, par des processus d’innovation des produits ou services. Ainsi, la créativité est liée étroitement à l’innovation : des idées émergent dans l’organisation et certaines d’entre elles, une fois opérationnalisées, permettront à l’entreprise d’innover.

Cependant, durant cet atelier, les témoignages ont porté exclusivement sur une version plus restreinte de la créativité, limitée au fonctionnement quotidien de l’entreprise et de la capacité des salariés à l’améliorer. La créativité repose alors sur chaque acteur de l’organisation à qui on doit donner le pouvoir de signaler les dysfonctionnements et celui d’y trouver des solutions. Dans cette vision, au-delà de la performance, l’enjeu de la créativité devient également un enjeu de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), qui peut d’ailleurs en être le fil conducteur : en réfléchissant à leur activité, les salariés retrouvent du sens au travail, en voyant leurs idées prises en considération et discutées, ils se sentent reconnus, et en les mettant en œuvre ensemble ils améliorent leur cohésion.

Malgré ces enjeux, les participants à l’atelier ont pu témoigner des freins et difficultés rencontrés dans leurs efforts pour développer des processus de créativité.

Premièrement, la question de la légitimité des porteurs d’idées a été posée. En effet, traditionnellement, seuls les directeurs et cadres sont « habilités » à faire des propositions, et c’est d’ailleurs l’une de leurs missions. En donnant la parole à toutes les catégories d’acteurs, les cadres peuvent se sentir remis en cause dans leur expertise et leur autorité : « pourquoi n’y ai-je pas pensé moi-même ? ». De façon symétrique, les salariés aux postes subalternes pourront ressentir la prise de parole comme une mise en danger, avec le risque de déplaire à leurs supérieurs, de faire des erreurs et de « perdre la face ».

Deuxièmement, la difficulté à mettre en œuvre les idées constitue une préoccupation centrale pour les participants à l’atelier. Les pressions d’ordre économique limitent les ressources financières et temporelles consacrées à l’expérimentation et la mise en œuvre des idées. Comment demander aux équipes, souvent déjà sous pression, de dégager encore du temps pour essayer de nouvelles solutions ou de nouvelles façons de procéder ? Comment trouver les financements lorsqu’aucune ligne budgétaire n’est prévue pour ces activités de réflexion et de rénovation des pratiques ? Pourtant, la mise en œuvre des idées est indispensable pour maintenir la dynamique de la créativité : elle est la preuve que les propositions sont prises en considération avec sérieux et, en l’absence d’effort dans ce sens, la crédibilité de la démarche va être mise en cause.

Troisièmement, l’origine même des efforts visant à favoriser la créativité peut s’avérer problématique. Lorsqu’ils sont le fruit d’une décision de la direction, les freins peuvent être levés rapidement, mais lorsque l’initiative provient d’un salarié « ordinaire », le cheminement peut être très long et seules la persévérance et la patience permettront de mener à bien le projet. Il n’en demeure pas moins que les approches liées à l’expression de la créativité dans les organisations reposent, le plus souvent, sur une démarche « top-down » et sur un engagement fort de la direction.

Afin de lever cet ensemble de difficultés, des solutions ont été proposées lors de l’atelier, notamment par Valentine GUERIN, dirigeante de la Cité Saint François, et c’est sur ce point d’ailleurs, que des discussions ultérieures mériteraient d’être approfondies. Les dispositifs favorables à la créativité qui ont été évoqués peuvent être regroupés en trois catégories : des dispositifs organisationnels, des dispositifs communicationnels et des dispositifs managériaux.

Les dispositifs organisationnels inscrivent la créativité dans la structure de l’entreprise à travers, par exemple, l’accentuation de la transversalité ou la mise en place de cellules projet pour recueillir les idées, les discuter et les mettre en œuvre. Celles-ci sont constituées de volontaires cadres et non cadres qui doivent détecter et activer la créativité.

Les dispositifs communicationnels inscrivent la créativité dans les interactions, avec la mise en place de canaux et d’outils spécifiques. Par exemple, les participants ont mentionné les systèmes de fiches idées, de fiches d’événements indésirables, les séances d’idéation qui visent tous à instaurer le dialogue, à amener des idées et observer ce qu’elles deviennent dans l’action collective.

Les dispositifs managériaux inscrivent la créativité dans la culture et les valeurs de l’entreprise. Il s’agit d’inciter à libérer la parole et améliorer sa tolérance à l’erreur, ainsi que faire évoluer la définition du rôle de manager qui doit désormais être investi de la mission d’animateur d’idées.

Pour conclure, les solutions envisagées autour de ces trois types de dispositifs visent toutes à inciter les salariés à faire des propositions, puis à les aider à concrétiser leurs idées. Dans la littérature sur la créativité, un troisième objectif est également présenté, qui n’a pas été envisagé dans l’atelier : celui d’offrir aux acteurs des sources d’inspiration, en brisant les routines et en les exposant à des visions diversifiées des problèmes et activités. À partir de ces éléments, nous pouvons ainsi proposer un guide simplifié pour l’action.

Les dispositifs à mettre en place pour chacun des objectifs sont laissés à la discrétion des décideurs. Il n’existe, en effet, pas de solutions « clés en mains » dans ce domaine, ni même d’une méthodologie ou d’outils uniques. Chaque entreprise doit envisager la créativité selon les contraintes de son activité, son organisation, son histoire et sa culture. De plus, la démarche peut être progressive, en imaginant dans un premier temps des dispositifs qui ne perturbent pas radicalement l’organisation, puis en les faisant évoluer peu à peu pour inscrire le travail créatif dans la structure et l’institutionnaliser.


Pour aller plus loin :

– Le site de Teresa AMABILE, chercheuse spécialiste de la créativité : http://progressprinciple.com/

– Camille CARRIER & Bérangère SZOSTAK, (2014), Créativité, PME et entrepreneuriat : des zones d’ombre et de lumière, Revue Internationale de la PME, 27(1), 13-34, http://www.erudit.org/revue/ipme/2014/v27/n1/1025688ar.html?vue=resume

– A paraître courant 2017, numéro spécial de la Revue Management International : Créativité Organisationnelle, quels enjeux en management stratégique dans un contexte mondialisé ?